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le Yin et le Yang, symbole de l’âme sœur

L’âme sœur, une osmose relationnelle marquée par la complémentarité

  • Le 03/06/2021
  • Dans Amour

Souvent idéalisé, ce concept très ancien est souvent synonyme de gémellité et non d’altérité et de complémentarité.

Définition courante

On appelle couramment âme sœur toute personne avec laquelle on entretient une relation amoureuse marquée par une connivence si étroite, une harmonie si forte qu’elle supposerait une affinité spirituelle unique qui relèverait de la prédestination.

On parle ainsi souvent de symbiose ou même d’osmose relationnelle pour caractériser la perfection du lien amoureux. Mais cette première définition est lourde d’implications : un tel degré d’adéquation entre deux individus suppose-t-il une relation de gémellité, ou bien au contraire de parfaite complémentarité ? Par ailleurs, le fait qu’il soit question d’âme exclut-il totalement le corps de la relation ? C’est sur cette notion mal comprise que nous allons revenir.

Définition spirituelle

Selon différentes traditions (dont le mouvement New Âge), le concept d’âme sœur est lié à celui de prédestination et de réincarnation. Le lien qui unirait deux individus l’un à l’autre transcenderait ainsi leur simple condition terrestre pour se manifester à chacune des réincarnations de l’âme. Peu importe au final qu’elles parviennent ou non dans telle ou telle vie à accomplir leur relation, leur destinée est de finir par se retrouver au fil des vies successives. En effet, chaque réincarnation leur fournit une nouvelle possibilité d’être en présence l’une de l’autre et de laisser au hasard (qui n’est qu’une forme du destin) le soin de les réunir.

On considère par ailleurs à tort que cette relation de sororité des âmes doit être exclusivement amoureuse : mais il est avant tout question d’âme, le corps n’est pas forcément impliqué et elle peut donc être purement amicale !

Origines philosophiques

La toute première mention, dans la pensée occidentale tout du moins, d’un concept approchant celui de l’âme sœur est due au mythe de l’androgyne d’Aristophane (connu aussi sous le nom des animaux coupés en deux), tel que Platon le retranscrit dans Le Banquet. On peut donc dater cette référence : autour du 5ème siècle av. J.-C., bien qu’elle soit certainement antérieure.

Ce banquet qui réunit plusieurs convives autour de Socrate a pour objet la définition de l’amour. Chaque invité donne la sienne. Quand Aristophane entreprend de définir l’amour, pour illustrer son propos il a recours à un récit mythique.

Selon lui, en des temps très reculés, l’humanité était composée d’individus de trois sortes, les hommes, les femmes, et les androgynes (êtres à la fois masculin et féminin). Ces trois sortes d’individus avaient en commun, en lieu et place de nos deux bras, de nos deux jambes et de notre visage unique, de porter deux paires de bras et de jambes, et deux visages. Ces êtres étaient ronds, et bien que munis des mêmes organes que nous aujourd’hui, ne formaient qu’un individu parfait.

Mais leur perfection, leur force, les poussa vite à devenir insolents et à défier les dieux. Plutôt que de les détruire, Zeus, qui aimait les hommages que ces êtres lui rendaient, décident alors de les affaiblir en les coupant en deux à l’aide de sa foudre, de façon à former deux individus à partir d’un seul. Les trois sortes d’humains sont ainsi séparés à tout jamais : les hommes et les femmes n’ont plus que deux jambes, deux bras, un seul visage, et les androgynes, qui portaient sur les deux sexes, disparaissent en donnant naissance à une moitié d’homme et une moitié de femme.

Mutilés, les êtres se mirent à chercher passionnément la moitié dont ils furent séparés par ce châtiment divin, pour s’unir à elle et reformer un être parfait. De là l’amour, selon Aristophane qui conclut son exposé :

« Et la raison en est que notre ancienne nature était telle et que nous étions un tout complet : c’est le désir et la poursuite de ce tout qui s’appelle amour. »

—Platon, Le Banquet, XVI

Au-delà de l’origine (imagée) de cette nécessité impérieuse de trouver sa moitié, ce mythe nous dit trois choses à propos de l’âme sœur :

  1. Elle serait une moitié venant compléter la nôtre.
  2. Sans elle, nous ne sommes que des êtres imparfaits : la trouver est une telle force qu’elle nous permettrait de rivaliser (symboliquement) avec les dieux.
  3. Enfin, les amours comme les amitiés fusionnelles, que nous observons tous les jours, se rencontrent en raison de ce désir de réunion avec sa moitié retrouvée.

L’âme sœur est-elle un alter ego ?

En définitive, qu’est-ce qu’une âme sœur ? Est-elle un alter ego, c’est-à-dire un autre soi, un reflet de nous-même analogue à celui que l’on verrait dans un miroir ? Ou bien s’agit-il d’une personne sensiblement différente, qui vient compléter l’individu que nous sommes plutôt, le parfaire en ajoutant sa propre singularité. Ce sont ces deux hypothèses que nous allons aborder ici.

Une âme jumelle ?

On a tendance à concevoir l’âme sœur comme une autre version de soi, à ce point identique à nous-même que l’on imagine trouver en l’autre ce qui se trouve déjà en nous. Quelle erreur ! Est-ce bien le propre de l’amour que de se chercher en l’autre ? Ou bien est-ce au contraire le propre du narcissisme ?

Cette image de l’âme sœur comme une âme jumelle, en d’autres termes un miroir de nous-même, nous égare de la vraie définition. Qui plus est, cet idéal est en fait une malédiction. Un autre mythe peut venir à notre secours : celui précisément, de Narcisse, devenu à ce point amoureux de son propre reflet (de lui-même donc) qu’il mourut, ne parvenant pas à détacher son regard de sa propre image qu’il chérissait tant, au point de cesser de s’alimenter. Voilà ce que l’on risque quand on ne cherche que soi, son jumeau ou son double, au lieu d’accueillir l’autre.

Car non, ce n’est pas un jumeau ou un sosie qui vous comblera. Certes, vous partagerez avec votre âme sœur des valeurs communes, des goûts et une disposition d’esprit propres à vous comprendre avec un haut niveau d’adéquation, vous créerez avec elle une vie en symbiose, mais cet individu diffèrera de vous en de multiples points.

L’imbrication parfaite d’éléments complémentaires

L’important est que votre association spirituelle fasse de vous un être complet, les différences venant s’emboîter naturellement, comme les pièces d’un puzzle. Le concept du Yin et du Yang est l’approche taoïste utilisée pour définir la parfaite complémentarité des éléments en apparence opposés, dans le cosmos : il est aussi utilisé dans la définition de l’âme sœur.

C’est précisément l’intrication des principes opposés, mais pourtant complémentaires et indissociables, qui nous intéresse ici. Cette opposition apparente n’est pas un antagonisme, bien au contraire ! Peut-on imaginer la terre sans le ciel ? Rien de plus opposé en apparence, et pourtant ils se complètent si bien qu’à l’horizon ils finissent par s’interpénétrer et se confondre. La complémentarité renforce chacun des deux individus qui tirent partie des différences. Bien sûr, pour qu’elle soit profitable au couple, il faut que la communication soit fluide.

Et c’est là ce qui définit réellement l’âme sœur. L’harmonie existe dans les contraires, et c’est toute la leçon que l’on peut tirer du Yin et du Yang.